Mektoub My Love : Canto Uno

18 avril 2018 - 112 vues

Réalisé, après « La Vie d'Adèle » et « La Graine et le mulet », par Abdellatif Kechiche, avec Shain Boumedine, Ophélie Bau et Salim Kechiouche. 1994, Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, Sète, pour retrouver sa famille et ses amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui ne se contente pas de les regarder de loin. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin - le mektoub - peut décider.

On retrouve le style propre d'Adbdellatif Kechiche dans sa façon de se concentrer sur les regards et les corps. Là, dans « Mektoub My Love », il veut  traduire l’insouciance et la légèreté des rapports humains lors d'un été, en se focalisant du seul point de vue de l’attirance sexuelle, avec cette ambiance de plaisir, de séduction, d’attirance, et la plastique féminine en veux-tu, en voilà, au point de risquer  l’overdose. S'il montre très bien cette nonchalance naturelle, ce lâcher prise sur la vie pendant l'été, cet aspect-là de son film est assez juste, il n'y a que cela : c’est estival, ça met la jeunesse des acteurs en valeurs, mais au-delà de l’esthétique, ça raconte quoi ? Pas d'approfondissement psychologique des trois personnages principaux, le coureur de filles, la manipulatrice et le contemplatif amoureux, et c'est dommage, car ces jeunes comédiens et comédienne le  méritaient, et un tel sujet aurait permis d'aborder la complexité des relations de désirs. Le corps des femmes y est systématiquement balayé du regard de haut en bas, plutôt en bas d'ailleurs, et n'est là qu'un objet, un regard qui peut être qualifié de voyeur, car le problème n’est pas la nudité mais le regard qu’on porte sur elle. Est posée comme une évidence que les femmes sont attirées par des machos carrément lourds, et que leur liberté n'est que de satisfaire les désirs masculins. Non seulement c'est gênant, ce regard seulement masculin sur des corps de femmes, à un point qui confine à l'obsession, mais c'est triste, avec ces femmes dénuées d'intelligence, uniquement bien foutues !  Si cette volonté de filmer une sexualité crue et assumée, et dépeindre l’adolescence comme une période où se côtoient la vacuité et le sublime, est juste, que la lumière de couché de soleil est sublime… ce n'est pas suffisant. Et que les critiques encensent ce film, comme étant, je cite, « un chant vif, lumineux, presque trois heures d'une fluidité incomparable, véritable ode à la famille, à la fraternité métisse », ou « un cinéma vérité, brûlant et lyrique, qui emporte » me font dire que critiques et spectateurs n'ont pas vu le même film.

Martine

 

Projections au Ciné Islais

Lundi 23 avril : 20h00

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