Douleur et gloire


17 juillet 2019 - 398 vues

Dernier film de Pedro Almodovar,  avec Antonio Banderas, qui reçoit le prix d'interprétation, Asier Etxeandia, Leonardo Sbaraglia et Penelope Cruz.

C'est une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance, souffrances physiques, douleurs mentales. Défilent les premières amours, les suivantes, la mère, la mort, les acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. Le présent qui se trouve devant le vide, l’insondable vide face au manque d'inspiration, à l’incapacité de continuer à tourner : c'est donc un film sur le vide...

La Presse parle d'un chef-d’œuvre, et de tour de force émotionnelle devant ce film intime dans lequel le cinéaste rassemble ses obsessions et ses angoisses.

Que nous disent les premiers spectateurs ? Surpris et impatientés de ne pas retrouver le cinéaste qu’on croyait connaître à travers Talons aiguilles ou Tout sur ma mère, de ne pas retrouver son ironie subversive, ses personnages profonds et éclatants, ils nous disent que cette fois-ci, Almodovar montre un autre lui-même, Salvador, Antonio Banderas, artiste homosexuel, fortuné, égocentrique, dans son cadre, appartement musée où chaque meuble précieux, chaque livre d'art, chaque tableau, veut et doit témoigner de sa culture et de sa recherche esthétique. Mais si ses faiblesses et ses migraines ne donnent plus de saveur à sa vie, le récit de ses maladies, assénées dès le début par une animation de kaléidoscope, prive également le film de saveur, en prenant toute la place. Chagrins et douleurs il les calme à l'héroïne, qui permet le flux des souvenirs, depuis les émotions de l'enfance, quand tout se joue selon lui, devant un jeune maçon faisant ses ablutions, jusqu'à l'amour fou pour sa mère, incarnée par Penelope Cruz, en mère courage, lavant bravement son linge dans la rivière et décorant sa petite cave blanchie à la chaux.

L'extraordinaire beauté, les feux d'artifices, les héroïnes romantiques qui nous ont fait adorer Almodovar, il n'y a rien de tout cela dans les flashbacks parsemés çà et là, en alternance de ses visites médicales, de la description de ses douleurs et de ses retrouvailles.

Il nous dit pourtant que c'est, parmi ses films, l'un des plus personnels et qu'il lui ressemble dans sa vision du passé et de l'avenir, celle d'un homme, un artiste, qui aborde la vieillesse. Film mi-autobiographique, mi-fiction, ce serait un bilan nostalgique, plein de regrets, de désarroi devant la vie, dans lequel il veut livrer son intimité, faisant fusionner cinéma et réalité. Sans doute qu'à travers ce film, il voudrait parler de cinéma, du cinéma qui a ce pouvoir, de faire survenir le passé, évoquer la beauté et le désir, et d'éclairer et apaiser le présent. Mais nous ne ressentons rien de tout cela. Cette fois-ci, il n'est pas arrivé à séduire, ni à intéresser, nous ne sommes pas ses thérapeutes.

Martine

Projections au Ciné Islais

Mardi 23 juillet : 22h15 VO

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